|
D'abord éveillée par l'usage
de mines antipersonnel en Asie, puis l'ampleur de l'utilisation
des mines en Afghanistan de 1979 à 1989 et encore lors du conflit
IRAN/ IRAK (1980-1988) alors que je travaillais au service de
l'information à FR3 - j'ai été à nouveau
surprise, lors de l'élaboration d'un projet d'atlas
de l'UMA (Union du Maghreb Arabe réunissant la MAURITANIE,
le MAROC, l'ALGéRIE, la LIBYE, la TUNISIE), d'apprendre
que de larges espaces du Sahara sont aussi minés.
De surprises en surprises, j'ai compris à quel point la
plupart des pays d'Afrique, mais aussi d'Amérique Centrale,
d'Amérique du Sud et d'Asie sont gravement touchés
par les mines antipersonnel.
Ces territoires minés réduisent notre sécurité,
à l'échelle mondiale.
Les cartographier met en évidence cet effrayant constat :
aujourd'hui, 88 pays sont gravement affectés par la prolifération
de mines et d'engins non explosés, dissimulés à
la surface de leurs sols, prêts à exploser au moindre contact.
Il existe 2 principaux types de mines terrestres : les mines antichar
ou antivéhicule et les mines antipersonnel.
Les diverses publications relatives au Festival International de Géographie
qui nous réunit aujourd'hui, ont présenté
cette intervention au titre de : »
Vers une cartographie des mines antipersonnelles, anti-personnelles,
anti-personnelŠ dans le monde».
Mines antichar, antivéhicule ou mines antipersonnel s'orthographient
de cette façon. Et dans le cas des mines antipersonnel, c'est
du personnel militaire qu'il s'agit.
Il faut retenir que cette arme a été conçue pour
mutiler et non pas tuer le personnel militaire, afin de ralentir les
troupes ennemies une armée ne s'attarde pas sur ses
morts, mais bien sûr elle se doit de ramasser ses blessés.
C'est après 1918 qu'apparaissent les premières
mines antipersonnel.
Durant la seconde guerre mondiale, les mines antipersonnel de petite
taille sont mises au point et largement utilisées.
Très rapidement, la production de ces armes efficaces, faciles
à fabriquer et peu chères, se développe. Progressivement,
leur conception devient plus sophistiquée.
Elles sont répandues en grandes très quantités
par avion ou disperseur au sol, par les armées gouvernementales
et les troupes non régulières.
190 millions de mines antipersonnel ont été fabriquées
entre 1968 et 1993.
Souvent, les matériaux non-métalliques qui les composent
depuis une vingtaine d'années empêchent leur détection
et il est souvent difficile, voire impossible, de connaître leur
emplacement exact.
Elles sont aussi appelées sentinelles éternelles et longtemps
après la fin des hostilités, elles continueront de blesser
et tuer.
Il existe plus de 360 modèles de mines en 2 grandes catégories
: les mines à effet de souffle et les mines à fragmentation.
Elles sont déclenchées par la tension d'un fil piège
ou par pressionŠ d'un pas par exemple.
La force de pression nécessaire au déclenchement d'une
mine antivéhicule est généralement comprise entre
50 et 300 kg.
Et la force nécessaire au déclenchement d'une mine
antipersonnel est comprise entre 5 et 15 kg.
Aujourd'hui le coût moyen d'une mine antipersonnel est
de 15 à 50 francs.
Elles sont statiques, bondissantes, directionnelles ou omnidirectionnelles,
mais leur caractéristique commune est d'être activées
involontairement par la victime, frappant indistinctement combattants
et civils, enfants, adultes, bétail ou animaux sauvages.
De nombreux programmes sont mis en place pour enseigner des règles
de sécurité aux populations : savoir identifier une mine,
connaître ses effets, savoir comment se déplacer dans une
zone inconnue savoir reconnaître un lieu potentiellement
miné et savoir quoi faire lorsque la mine est reconnue et comment
signaler sa présence.
Le déminage recouvre plusieurs opérations successives
:
- vérifier les zones suspectes,
- délimiter et enregistrer les zones minées,
- détecter, localiser et identifier les mines,
- procéder à leur destruction.
Il faut distinguer le déminage militaire du déminage
humanitaire. Ils ne répondent pas aux mêmes nécessités.
Le déminage militaire vise à ouvrir un passage vers un
objectif précis, pour permettre le passage d'une unité
de combat ou de logistique.
Le déminage humanitaire vise à nettoyer un secteur pour
permettre la réinstallation des populations déplacées
pour qu'à nouveau la vie reprenne sur l'ensemble du
site.
L'objectif du déminage humanitaire est d'atteindre
à 100% le taux de destruction des mines.
Le déminage manuel, centimètre carré par centimètre
carré reste le plus fiable.
En moyenne, neutraliser une mine prend 100 fois plus de temps que la
poser et le coût du déminage est 100 fois plus élevé
que celui de la mine.
Le déminage du Koweït s'est élevé à
700 millions de dollars, pour 728 km2.
4000 démineurs étrangers ont été impliqué
et au cours de ces opérations 84 d'entre eux ont été
tué.
Le Mine Action Program for Afghanistan emploie aujourd'hui 4000
personnes, principalement du personnel local - et depuis 1990, à
peu près 90 millions de dollars ont été dépensés
dans des opérations de déminage.
Environ 145 km2 ont été déminés.
Il est urgent de comprendre l'ampleur des conséquences
humaines, économiques, écologiques et politiques, du déploiement
des mines antipersonnel.
Depuis une dizaine d'années maintenant, je réfléchis
à cette cartographie des terrains minésŠ
Peu à peu, la Campagne Internationale Contre les Mines Antipersonnel,
visant à l'éradication des mines, orchestrée par
plusieurs Organisations Non Gouvernementales (ONG) s'est répandue
dans le monde.
En décembre 1997, 122 nations réunies à Ottawa,
ont signé la CONVENTION SUR L'INTERDICTION DE L'EMPLOI, DU STOCKAGE,
DE LA PRODUCTION, DU TRANSFERT DES MINES ANTIPERSONNEL ET SUR LEUR DESTRUCTION.
En 1997, le Prix Nobel de la Paix a été décerné
collectivement aux associations regroupées au sein de la Campagne
Internationale Contre les Mines Antipersonnel.
Le TRAITÉ D'INTERDICTION DES MINES, encore nommé TRAITÉ
D'OTTAWA ou CONVENTION D'OTTAWA, a été rédigé
et négocié - fait sans précédent - en à
peine une année.

Il est entré en vigueur le 31 mars 1999. À cette date,
71 nations l'avaient ratifié.
L'Observatoire International des Mines est une initiative de la Campagne
Internationale, créé pour contrôler le respect et
l'application du Traité d'Ottawa.
Il a été créé le 1er juin 1998, à
Oslo.
Il se caractérise par un réseau mondial d'informations,
une base de données centrale et un rapport annuel. Ce rapport
présente la situation des mines à travers le monde : utilisation,
production, commerce et stockage de mines, déminage humanitaire
et assistance aux victimes des mines.
115 chercheurs dans 95 pays collectent et analysent systématiquement
les informations provenant de toutes sources, afin de présenter
un rapport annuel exhaustif et complet.
Cet ouvrage contient en annexe des rapports réalisés par
les principaux acteurs du mouvement d'interdiction des mines, comme
certains gouvernements particulièrement investis de cette volonté
les agences des Nations Unies et le Comité International
de la Croix Rouge.
Le groupe de pilotage de l'Observatoire des Mines est constitué
de 5 organisations phare : Human Rights Watch, Handicap International,
la Coalition Kényane contre les mines, Mines Action Canada et
Norvegian People's Aid.
Le 11 septembre dernier s'est ouverte à Genève la
seconde conférence des états-parties à la Convention
d'Ottawa.
L'Observatoire des Mines a remis son rapport pour l'année
2000. En 1999-2000, les accidents provoqués par des explosions
de mines se sont répétés dans toutes les régions
du monde. Dans 17 pays d'Europe et d'Asie Centrale, 34 pays
d'Afrique et du Moyen-Orient, 14 pays d'Asie et du Pacifique,
5 pays d'Amérique du Sud et Centrale.
Une majorité de ces pays (39) n'étaient pas en conflit
sur cette période de recensement 1999-2000.
Aujourd'hui, des millions de mines sont répandues dans les sols
de 88 pays.
Les 4 pays les plus sévèrement touchés sont :
- Afghanistan : avec 5 à 7 millions de mines, pour 20 millions
d'habitants.
- Angola : 6 millions de mines , pour 11 millions d'habitants.
- Bosnie-Herzégovine : 750 000 à 1 million de mines,
pour 3.5 millions d'habitants.
- Cambodge : avec 4 à 6 millions de mines pour 10 millions
d'habitants.
Dans la plupart des cas ces pays n'étaient pas producteurs de
mines.

250 millions de mines antipersonnel sont toujours stockées dans
les arsenaux de 105 pays.

Les plus importants stocks de mines :
- Chine : 110 millions
- Russie : 60 à 70 millions
- Biélorussie : 10 à 15 millions
- états-Unis : 11 millions
- Ukraine : 10 millions
- Pakistan : 6 millions
- Inde : 4 à 5 millions
Ces dernières années, plus de 22 millions de mines stockées
ont été détruites par plus de 50 nations. Environ
10 millions de ces mines stockées ont été détruites
depuis mars 1999.
21 pays ont terminé la destruction de leur stocks.
Pour 24 états, la destruction est en cours et 17 états-parties
doivent entamer la destruction de leurs stocks.
Chaque état-partie est tenu de détruire ses stocks de
mines dès que possible, et au plus tard dans une période
de 4 ans après la date d'entrée en vigueur de la
Convention qui le concerne.
La Convention engage les états-parties à ne jamais, en
aucune circonstance :
- employer de mines antipersonnel,
- mettre au point, produire, acquérir de quelque manière,
stocker, conserver ou transférer à quiconque, directement
ou indirectement, de mines antipersonnel (seul le transfert aux fins
de destruction est autorisé),
- assister, encourager ou inciter, de quelque manière, quiconque
à s'engager dans toute activité interdite à
un état-partie en vertu des termes de la Convention.
La France a ratifié le traité d'Ottawa le 25 juin
1998.
Le 20 décembre 1999, elle a procédé à la
destruction de ses derniers stocks de mines antipersonnel.
La Convention d'Ottawa incite, mais n'oblige
pas les états-parties à assumer l'effort de financement
de programme de déminage et d'assistance aux victimes :
AUJOURD'HUI DANS LE MONDE, TOUTES LES 20 MINUTES,
UN ENFANT OU UN ADULTE EST BLESSé OU TUé PAR UNE EXPLOSION
DE MINE.
Même si nous faisons ce constat d'une diminution
du nombre de nouvelles victimes depuis l'entrée en vigueur du
Traité d'Ottawa, l'utilisation de mines antipersonnel par des
forces gouvernementales ou rebelles se poursuit voire augmente dans
certains cas. Comme en Birmanie/Myanmar, au Sri Lanka, au Népal,
en Afghanistan, en Angola, en République Démocratique
du Congo, en éthiopie et érythrée, au Sénégal,
en Ouganda, en Somalie, en Colombie, au Sud Liban, en Géorgie,
en Turquie et au Nord de l'Irak.
Notamment, l'utilisation de mines antipersonnel apparaît en Tchétchénie,
au Cashmire et aux Philippines.
|